Condamnation du Déguerpissement à Cotonou

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Condamnation du Déguerpissement à Cotonou
29 August 2019
 

La Fédération des Habitants des Zones de Taudis / Bidonvilles en République du Bénin rejoint d’autres mouvements affiliés au mouvement Slum Dwellers International (SDI) en Africaine pour condamner le récent déguerpissement qui a eu lieu dans la communauté de Xwlacodji plage à Cotonou. Nous appelons le gouvernement béninois à concerter les communautés des berges lagunaires et lacustres de la ville afin de trouver des alternatives aux projets qui menacent le déguerpissement des milliers de pauvres urbains résident le long des berges.

Mardi 20 août 2019, le gouvernement a démoli environ maisons à Xwlacodji plage sans notification préalable et sans plan de relogement prévu pour les centaines de personnes qui se sont soudainement retrouvées sans abris dans des conditions désespérées.

Selon le Chef Quartier, Agboessi Anani : « [le préfet du Littoral, le maire de Cotonou et la police Républicaine] sont venus avec des bulldozers afin de détruire les ghettos. Grande a été notre surprise de les voir déguerpir et casser plus de 160 maisons. Les populations déguerpies n’ont reçu aucun avertissement. Suite à cette opération la population s’est retrouvée sans abris. Certains ont dormi à la belle étoile et nous avons enregistré le décès d’un jeune de 15 ans. Dans quel pays sommes-nous ? » a-t-il partagé à des membres de la Fédération sur place.

Le déguerpissement soudain de Xwlacodji plage a plongé des milliers d’habitants des berges lagunaires de Cotonou dans la peur, des dizaines de communautés vivent avec l’angoisse de connaître le même sort et d’être les prochaines affectées par la politique de ces mêmes autorités.

Fin juillet 2019, des représentants du Ministère du Cadre de Vie et du Développement Durable ainsi que le Maire de Cotonou se sont rendus dans différents quartiers informels des berges lagunaires et lacustres afin de marquer certaines structures à démolir et prévenir la population qu’elle sera déguerpie d’ici deux semaines. Aucune information précise n’a été partagée sur la délimitation précise des zones à déguerpir, sur quelconque projet de relogement ou autre aide prévue pour les personnes qui seront déplacées.

FEDERATIO OF URBAN & RURAL POOR (FEDURP)

Des membres de la Fédérations, originaires de six communautés différentes, se sont rapidement organisés pour écrire une lettre adressée au Ministère, au Préfet du Littoral et au Maire de Cotonou dans le but d’avoir accès à de plus amples informations et ce dans le cadre de la loi nationale sur la liberté d’information. En violation de cette loi, les autorités en charge ont failli à répondre à cette lettre et n’ont partagé aucune des informations demandées depuis maintenant trois semaines.

La Constitution et le droit national béninois interdisent absolument le déguerpissement forcé et exigent des mesures de sauvegarde pour protéger les personnes qui seraient dans le besoin d’être relogées dans le cadre d’un projet de développement. La République du Bénin a adhéré au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, deux textes qui interdissent le déguerpissement et garantissent le droit au logement convenable. Entre autres, la loi requiert que le gouvernement mette en place un plan de relogement en amont de tout projet déplaçant plus de 100 foyers. Cette loi ainsi que d’autres protections légales s’appliquent qu’importe le statut foncier des personnes impliquées.

En dépit de ces dispositions claires, le déguerpissement de Xwlacodji plage a eu lieu, violant ainsi le droit national et niant les droits fondamentaux des personnes déguerpies. Des milliers de personnes habitant les berges vivent désormais avec la peur de connaître le même sort.

De plus, la publication d’un communiqué signé par le Ministre du Cadre de Vie et du Développement Durable en date du 21 Août 2019 se résumant à une campagne de diffamation : caractérisant les habitants des berges comme « des non-civilisés » et comme une menace de santé publique, augmente notre inquiétude. Dans plusieurs villes d’Afrique de l’Ouest, nous avons pu observer différentes attaques de la sorte contre les habitants de quartiers informels dans le but de justifier des politiques de déguerpissement et d’accaparement des terres à grande échelle.

Nous, habitants des quartiers informels des berges lagunaires et lacustres, ainsi que nos frères et sœurs des mouvements d’habitants des quartiers informels de la région ouest-africaine, condamnons le déguerpissement de la communauté de Xwlocodji plage et la menace qui pèse sur les autres communautés de Cotonou ainsi que toute politique de déguerpissement en général. Nous rappelons à nos autorités que le déguerpissement ne peut être une solution de développement puisqu’en réalité cela aggrave la pauvreté, détruit les richesses ainsi que les infrastructures existantes, et empêche tout développement humain. Nous réaffirmons notre engagement à former des partenariats avec notre gouvernement et les différentes institutions concernées afin d’améliorer la qualité de vie dans nos communautés, et ce sans déplacement de population, en explorant toutes alternatives au déguerpissement.

SIGNE PAR :

Fédération Béninoise des Habitants de Zones de Taudis/Bidonvilles, représentée par Moise Awonlonsou, Ezekiel Ahouandjogbe, Jérémie Dossou, Joelline Kiki, Edouard K. Avlessi, Edouard Guelifo, Jacqueline Houessou & Elisabeth Avlessi

Megan Chapman, Justice & Empowerment Initiatives

Kunnu Paul, Nigerian Slum / Informal Settlement Federation

Yirah Conteh, Federation of Urban & Rural Poor (Sierra Leone)

Francis Reffell, Centre of Dialogue on Human Settlements and Poverty Alleviation

Rose Molokoane, South African Federation of the Urban Poor

Edith Mbanga, Shack Dwellers Federation of Namibia

La Fédération des Habitants de Zones de Taudis/Bidonvilles est un mouvement de pauvres urbains pour la dignité et le développement ayant des membres dans plus d’une douzaine de quartiers informels à Cotonou. Ce mouvement est soutenu par L’Initiative pour la Justice et la Démarginalisation et est affilié à Slum Dwellers International (SDI), un mouvement d’habitants de bidonvilles international réunit en fédération dans plus de 33 pays.

Pour plus d`information, contactez : Moise Awonlonsou: +229 67 45 49 91 (anglais / français), Jérémie Doussou : +229 97 34 10 26 (français)

Voire les visages des résidents des berges : https://www.instagram.com/visages.de.cotonou

Photo: Cities Alliance

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